À Concarneau, entre la capitainerie et le Marinarium, un petit square surplombe la mer. Skwar tud dilezet Enez Sant Paol. Le square des Oubliés de l’île Saint-Paul. À chaque fois que j’y passe, je m’arrête un instant devant la plaque qui fait face à l’océan. Je parcours du bout des doigts les huit noms qui y sont gravés. Cette plaque nous invite à nous souvenir de ces six hommes et de cette femme enceinte partis en 1929 pour une campagne de pêche à la langouste dans les terres australes. Puis ont accepté d’y rester pour entretenir la conserverie jusqu’à la campagne suivante.
Le navire chargé de les ravitailler entre temps n’est jamais venu. Là-bas, sur l’île Saint-Paul, petit morceau de terre perdu dans l’océan Indien, ils ont été livrés à eux-mêmes. Une enfant est née, et n’a pas survécu. Seuls trois sont revenus.
Une association[1] s’attache à perpétuer leur mémoire, des films[2] et des livres[3] relatent leur histoire. J’ai eu envie de la raconter d’une autre manière, à travers les yeux d’un gorfou nommé Oreste, natif de l’île. Un jour, il a vu arriver un bateau amenant avec lui une centaine d’ouvriers et d’ouvrières, quelques Bretons et de nombreux Malgaches. Puis il l’a vu repartir, laissant derrière lui ceux qu’on appelle aujourd’hui « Les oubliés de l’île Saint-Paul ». Il nous raconte…
Bonne lecture !

Hop, hop ! Là, un bond encore, et j’y suis. Au sec, sur mon rocher. Je m’ébroue rapidement. L’eau salée glisse sur mes plumes bien serrées. Une goutte est restée accrochée à mes aigrettes jaunes. Un coup de tête. Voilà, j’y vois mieux. Moi, c’est Oreste. Je suis un gorfou. Je suis né ici, sur l’île Saint-Paul. Un petit bout de terre australe perdu quelque part dans ce grand océan qu’on appelle Indien. Là-bas, plus haut, ces manchots serrés les uns contre les autres, c’est ma colonie. Et par ici… Eh ! C’est quoi ce bruit ? Là, ce ronflement sourd. Je sens une vibration sous mes pattes. Ma vue n’est pas très bonne, mais je distingue une masse sombre plaquée sur l’horizon. Immense. Mais oui, c’est ça ! Un bateau gigantesque ! Il approche. Il en est déjà venu un comme ça l’année dernière. Les images me reviennent…

Le bateau avait débarqué un grand nombre d’êtres humains. Pas autant que nous, mais peut-être bien une centaine quand même. Certains avaient formé une chaîne, et ils se passaient de main en main de lourdes caisses qui sortaient du ventre du navire. Ils avaient tout entreposé au nord du cratère et s’étaient aussitôt mis à construire. Le bateau était reparti. En quelques semaines, tout avait changé sur l’île. Je ne reconnaissais plus le paysage. Des bâtisses s’élevaient non loin du rivage. Certaines servaient d’habitation. Des autres montait un bruit permanent. Claquements métalliques, remuements de chaînes. Je n’ai pas tout de suite compris ce que c’était. Chaque jour, je voyais des hommes partir sur des barques à moteur. Ils longeaient la côte, tiraient sur des cordes, remontaient des sortes de boîtes, les plaçaient dans leur embarcation et venaient les déposer dans le bâtiment mystérieux. Je les observais de loin. La rumeur disait qu’ils avaient assommé plusieurs de mes cousins, de l’autre côté. Je n’ai jamais su si c’était la vérité, mais mieux valait se tenir à l’écart.

Pourtant, un matin, je n’y avais plus tenu. Je devais voir ce qu’ils faisaient. Bon, c’est vrai, depuis que je suis petit, les autres m’appellent « Oreste le curieux ». Ils me disent qu’un jour je mettrais mon bec là où il ne faut pas et qu’il m’arriverait des bricoles. Mais, je ne pouvais pas rester comme ça, sans savoir ! Alors j’ai plongé et j’ai suivi leur sillage. Ils se sont rapidement immobilisés, près d’une corde qui filait tout droit au fond de l’océan. Ils ont commencé à tirer. Et là, j’ai vu. Oui, dehors, je n’y vois pas grand-chose, mais sous l’eau, je suis un champion ! Ils remontaient une sorte de cage. Et à l’intérieur, des langoustes ! Elles agitaient frénétiquement leurs pattes, mais ne pouvaient rien contre les barreaux de métal. La cage était chargée dans le bateau, ils repartaient, en chargeaient une autre plus loin. Et là, j’ai compris. Pêcher des langoustes, voilà ce qu’ils faisaient.

Toujours poussé par la curiosité, j’avais décrit un grand cercle sous l’eau et étais sorti discrètement près du long bâtiment bruyant. Je m’étais dissimulé derrière quelques hautes herbes. Pas facile de se cacher sur notre île, on n’y trouve aucun arbre. J’avais repéré deux planches disjointes dans le mur aveugle. Je m’étais approché à petits sauts légers et avais coulé un regard à l’intérieur. À gauche, des hommes ouvraient les cages. Ils attrapaient à pleines mains les langoustes qui remuaient dans tous les sens et les jetaient dans une marmite énorme. Elles ressortaient plus loin, inertes. D’autres mains les saisissaient, détachaient leur queue et enlevaient leur carapace. Puis les queues étaient coupées en morceaux et placées dans de petites boîtes. Une machine fermait leur couvercle, puis une autre d’où sortait beaucoup de vapeur les avalait. J’étais resté pétrifié. Ce matin encore, ces langoustes nageaient libres au fond de l’océan, et maintenant, elles n’étaient plus que des fragments morts serrés dans des conserves froides.

Ce manège avait duré quelques mois, et puis le bateau était revenu les chercher, et tous étaient remontés précipitamment à bord, emportant leurs caisses pleines de boîtes et leurs maigres valises. Petit à petit, on n’avait plus eu peur d’approcher des rives du lac de cratère. On avait de nouveau pu y plonger tranquillement. Et surtout, on n’avait plus craint de prendre un coup de bâton derrière la tête et de disparaître subitement. Au fond de l’eau, les langoustes déambulaient sereinement, et sur terre, on n’entendait plus que les cris des différents oiseaux et le sifflement permanent du vent.

Mais ce matin… Ce grondement… Ils sont de retour. Bientôt, une longue file d’hommes et quelques femmes débarquent. Ils reprennent possession des lieux. À peine quelques heures plus tard, les machines rugissent de nouveau. Le ballet des barques à moteur reprend, jour après jour, sauf quand la tempête fait rage. Parfois, le matin, un de mes amis manque à l’appel. Des œufs manquent aussi. Il faut cacher habilement les nids pour espérer voir les petits naître. Quand je n’en peux plus du bruit et de l’agitation, je plonge. Mais même au fond, on sent une certaine nervosité.

***

Les mois plus doux ont filé, emplis de la frénésie des hommes. Je suis toujours là, sur mon rocher. J’observe. Hier soir, le bateau est revenu. Après avoir saturé l’espace d’un vacarme assourdissant, ses énormes machines se sont tues dans un immense soupir. Ce matin, une passerelle a été posée et maintenant, les hommes l’empruntent à un rythme infernal pour empiler dans la cale les caisses remplies de ces boîtes métalliques et froides. Puis ils vident les cabanons et chargent leurs bagages. Un dernier coup de corne et le bateau s’éloigne. L’agitation du départ laisse bientôt place au silence. Un silence que j’avais presque oublié. En quelques bonds, je rejoins la plage, prêt à retrouver cet endroit familier. Mais ? Je saute rapidement à l’abri d’un rocher. Non. Tous ne sont pas partis ! J’en vois quelques-uns, immobiles, sur la grève, agitant leurs mouchoirs. Je compte. Six hommes, une femme. Restés là. Seuls. L’un après l’autre, après un dernier regard vers l’horizon, ils retournent vers les baraquements.

***

Aujourd’hui, le soleil est un peu plus chaud. Pendant les longs mois de bise et de froid intense, entre deux plongées, j’ai observé les sept êtres humains livrés à eux-mêmes. Chaque jour, je les voyais aller dans la fabrique de boîtes, resserrer des vis, nettoyer des tuyaux. De temps en temps, ils démarraient un moteur, y versaient de l’huile, répandant dans le bâtiment une lourde odeur de graisse. Toujours au même moment de la journée, ils se dirigeaient vers une remise exiguë, non loin de leur habitation. Un soir, ma curiosité naturelle m’a conduit à m’en approcher. J’ai risqué un regard par le trou d’aération. Des piles de petites boîtes. Certaines un peu cabossées. Des boîtes comme celles dans lesquelles ils enfermaient les langoustes mortes. Mais cette fois, ce n’étaient pas des langoustes qui étaient dessinées dessus, mais un animal inconnu. Marron. Une grosse tête. De larges narines noires et duveteuses. De grands yeux doux et des cornes pointues. À chaque visite, ils en prenaient quelques-unes, les ramenaient chez eux et les faisaient chauffer sur un feu avant de les manger. Toujours ces boîtes. Jamais rien d’autre.

Le temps s’écoulait paisiblement. Ils vivaient simplement, presque sans bruit. Ils ne nous embêtaient pas, on ne les embêtait pas. Puis, au bout de quelques semaines, alors que les jours commençaient à être nettement plus frais, le vent avait forci d’un coup et avait porté jusqu’à mes oreilles des cris stridents. C’était la femme qui hurlait. Je n’avais jamais rien entendu de pareil. Intrigué, vaguement inquiet aussi, je m’étais approché. Les hommes couraient, de la maison au bord de la mer, remplissaient un seau, mouillaient des linges dans l’eau du cratère, et repartaient. Puis les cris avaient cessé. Les machines, les tuyaux, les boîtes, tout avait recommencé.

Un début d’après-midi, alors qu’un rayon de soleil illuminait les modestes façades, la femme était sortie de sa maisonnette. Elle avait tendu son visage vers la lumière. Dans ses bras, un maigre paquet de tissu remuait. Soudain, j’avais vu en émerger un bras, tout petit, tout potelé. La femme avait souri. Souvent, je l’entendais parler avec l’un des hommes, celui qui était toujours avec elle. « Paul ». Ils répétaient fréquemment ce mot, tout en fredonnant près du lit du petit être. Je me suis dit que le nouvel arrivant devait s’appeler Paul. Ou Paule. Comme notre île. Ça alors !

Mais au bout de quelque temps, je n’avais plus vu l’enfant. Je n’avais plus entendu la femme chanter. Je l’observais de loin. Ses épaules étaient basses, elle marchait courbée, semblant porter un poids trop lourd. Je l’avais vue aller chercher une petite caisse, une de celles qui contenaient les boîtes qu’ils ouvraient chaque jour pour manger. Tous ensemble, ils l’avaient transportée un peu plus haut, avaient fait un cercle autour, baissé la tête. Quelques jours après, j’étais allé voir l’endroit en sautillant de touffe d’herbe en bouquet de fougères. Là, auprès d’un carré de terre retournée, se trouvaient deux bâtons entrecroisés, fixés l’un à l’autre par une ficelle, le plus long fiché dans le sol. Un instant, le vent s’était tu. En moi avait surgi une douleur inconnue. Comme si quelque chose s’était fendu[4].

J’avais pris l’habitude de les compter chaque matin. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept. Un jour, j’ai réalisé qu’il en manquait un. Je crois qu’ils l’appelaient Manuel[5]. Comme la femme s’approchait souvent de la cabane la plus à gauche, j’étais allé voir. Il était là. Étendu. Une drôle d’odeur filtrait par la porte entrouverte. Je voyais juste ses chevilles. Elles étaient gonflées, énormes. Un liquide jaune s’en échappait. Un frisson m’avait parcouru l’échine. J’avais reculé.

Et puis, un autre matin, je n’en avais plus compté que cinq. Tous les jours, quand ils avaient fini de s’occuper des machines, ils venaient se poster au bord de l’eau. Ils restaient immobiles, fixant le large. Échangeaient quelques mots, se tapant sur l’épaule comme pour s’encourager. Puis ils faisaient demi-tour, le froid étant trop vif, et remontaient, en traînant des pieds, se mettre à l’abri dans leurs cabanes.

Et un jour, ils ne furent plus que quatre[6]. Quatre à la lisière des vagues, scrutant l’horizon. Ils ne parlaient plus. Figés dans leur détresse. Alors le soir, je suis de nouveau allé vers l’endroit où j’avais vu la croix de bois. Trois grandes parcelles supplémentaires étaient maintenant retournées. Dessus, juste quelques branches de fougères fanées. En redescendant, j’étais passé prudemment près d’une de leurs habitations dont la fenêtre était éclairée. Ils étaient autour de la petite table, penchés sur un gros livre. Ils tournaient les pages, suivaient les lignes du doigt. Puis soudain, ils avaient tous lancé le même mot : scorbut. Je ne sais pas ce que c’était, mais dans les jours suivants, j’avais observé un changement : ils n’allaient plus dans la remise chercher des boîtes, mais ils s’étaient mis à pêcher, et, horreur, à dénicher et à manger les œufs des albatros, ou de mes congénères manchots ! Alors j’avais fui sur un îlot un peu au large pour ne pas voir ça.

De loin, je les devinais chaque jour balayer des yeux l’horizon. Je ne pouvais empêcher mon cœur de se serrer. Et puis il y eut un grand ramdam. La mer était mauvaise, les vagues déferlaient avec violence sur la côte. Un des hommes traînait malgré tout une barque vers le rivage. Un de ses compagnons tentait de le tirer en arrière. La femme criait. Lui faisait de grands moulinets avec ses bras. Les rafales portaient ces mots : « … seule chance ! » Il avait mis la barque à la mer, démarré le moteur, s’était frayé un chemin dans l’ouverture du lac de cratère, puis avait filé droit vers le large. J’avais plongé. Suivi de loin le sillage de son bateau. Les vagues avaient encore grossi. Soudain, une lame gigantesque s’était creusée puis dressée haut vers le ciel. J’avais plongé plus profond pour ne pas me faire emporter. Puis j’étais remonté à la surface. Et n’avais plus vu le bateau[7]. J’avais tourné dans les parages un moment, en profitant tout de même pour manger, puis j’étais retourné sur mon rocher. De nombreux jours s’étaient encore écoulés, faits pour ces humains oubliés d’une routine mécanique entrecoupée de regards désespérés vers le large.

Et voilà, aujourd’hui, alors que le soleil réchauffe un peu mes plumes mouillées, je suis une fois de plus sur mon rocher. Je les aperçois devant leur baraquement, les deux hommes et la femme[8], écartant leurs rideaux troués sur une nouvelle journée. Je crois que je suis le premier à sentir la vibration. Un léger tremblement sous mes pattes d’abord. Puis un son sourd. Je tourne la tête vers le large. Ne réalise pas tout de suite ce que je vois. Mais si, c’est bien ça ! Une masse sombre sur l’horizon. Qui grandit petit à petit. Je me retourne vers eux. Ils s’étirent. Et, d’un coup, leurs trois visages pivotent en même temps vers l’océan. Ils crient. Puis se mettent à dévaler la petite pente en direction du rivage. Trébuchent, se redressent, repartent, avancent jusque dans l’eau. J’entends des rires, et même de loin, avec mes mauvais yeux, il me semble voir une larme rouler sur une joue desséchée. Le bateau approche. Encore plus grand que celui d’avant. Sur la plage, trois paires de bras se lèvent et s’agitent. Un coup de corne colossal écrase un instant le bruit incessant du vent. Le bateau est là. Ils sont sauvés !

***

Je suis un vieux gorfou maintenant. Cette année-là, les hommes ont encore mis leurs barques à l’eau, remonté des casiers et fabriqué des boîtes. Et puis tous sont partis, et ne sont jamais revenus. De temps en temps, d’autres ont débarqué. Ceux-ci ne pêchaient pas. Ils arpentaient l’île munis de curieux appareils, observaient, griffonnaient sur des papiers. Une fois, j’ai même eu l’impression qu’ils nous comptaient ! Lors d’un de leurs passages, j’en ai entendu certains parler de ceux que j’appelais « mes oubliés ». Ils disaient que les trois survivants avaient retrouvé leur maison dans un pays très lointain nommé Bretagne. Que là-bas, on avait cherché à comprendre ce qu’il s’était passé. Mais que finalement rien n’était venu réparer leur calvaire[9]. Enfin, ce sont les mots que le vent m’a soufflés. Moi, je ne comprends pas ce que disent les hommes. Tout ce que je sais, c’est qu’ils étaient sept. Et qu’ils ont attendu. Désespérément.

Gorfou aux aigrettes jaunes posé sur un rocher, inspirant le personnage d’Oreste dans “Les oubliés de l’île Saint-Paul”

 

[1] Association « Faire vivre le souvenir des oubliés de l’île Saint-Paul » – Facebook « En mémoire des oubliés de l’île Saint-Paul »

[2] Documentaire « Le troisième monde » – Robert Genoud – Callysta Productions – 2028

[3] Les oubliés de l’île Saint-Paul – Dominique Lebrun – Éditions Locus Solus – 2025

[4] Paule Le Brunou, née le 26 mars 1930 sur l’île Saint-Paul, est la seule enfant née sur l’île. Elle mourut deux mois plus tard.

[5] Manuel Puloc’h, originaire de Trégunc, est mort le premier, fin juillet 1930.

[6] François Ramamonzi (Madagascar) et Victor Le Brunou (Concarneau) moururent à leur tour entre la fin août et le début septembre 1930.

[7] Pierre Quillivic, originaire de Plouhinec, disparut en mer à la fin d’octobre 1930.

[8] Julien Le Huludut (Concarneau), Louis Herlédan (Riec-sur-Belon) et Louise Le Brunou (Concarneau) furent les trois survivants des oubliés de l’île Saint-Paul.

[9] La société de pêche « La langouste française » a été jugée coupable et condamnée à verser des indemnités aux victimes et à leur famille, mais le procès n’a pris fin qu’en 1937, après une procédure d’appel. La société avait alors fait faillite et ne paya jamais.

© Copyright Isabelle Anne Roche – 2026 – Tous droits réservés
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