Jour 1.
Un rayon de soleil frappe mon oreiller.
Les yeux à peine ouverts, je bondis sur mes pieds,
L’réveil n’a pas sonné, vite, vite, faut m’dépêcher,
Filer sous la douche, sauter dans mes vêtements,
Avaler un café, réveiller les enfants !
Sans tarder faut courir chacun de son côté,
Étudier, travailler, parler, rire, voir des gens !
Stooooooop ! Si il n’a pas sonné, c’est qu’c’est le confinement…

Jour 2.
Un nouveau jour se lève, je m’étire lentement.
Silence. Pas un bruit de moteur, pas un souffle de vent.
L’agenda s’est vidé, je peux traîner au lit,
Pas mal cette petite pause dans toute cette frénésie.
Du temps pour faire plein de choses, mener bien des projets,
Relire Victor Hugo ? Enchainer les abdos ? Reprendre le piano ?
Apprendre le portugais ? Repeindre les volets ? Ou bien tailler la haie ?
Ah, ça y est, je sais ! Aujourd’hui j’vais laver les carreaux.

Jour 3.
Toc, toc, je peux entrer ? Je voulais te demander…
Silence. Ah oui, c’est vrai, t’es confiné à l’étranger.
Tu me manques déjà, mon cœur, mon fils aîné.
Trois cents kilomètres, je sais, c’est pas si loin
Mais il n’y a pas moyen de monter dans un train.
Je sais qu’tu reviendras pour ton anniversaire,
Ça me paraît si loin, le premier jour de mai,
J’espère que bien avant tu passeras la frontière.

Jour 5.
J’ouvre grand le frigo, et contemple le vide,
Pas le choix aujourd’hui, faut que j’aille faire le plein,
Il faut que je remplisse le sésame sacro-saint
Avant que de sortir sous ce soleil splendide.
Pourquoi ceux que je croise ont cet air suspicieux ?
C’est quoi cette file d’attente devant le magasin ?
Il faut que je patiente, pas l’droit d’entrer à deux,
Et les rayons sont vides, pas de farine pour le pain.

Jour 8.
Il est bientôt midi, le téléphone sonne.
Le responsable Achats de la boîte qui m’emploie.
Allô ? Oui ? Comment ? Vous rompez mon contrat ?
Dans une semaine dites-vous, ça fait la fin du mois.
Oui, oui, je comprends, fermeture du site, pas l’choix.
Je raccroche doucement, longtemps sa voix résonne,
J’envisage pas encore toutes les conséquences
Mais me demande déjà comment payer les vacances.

Jour 9.
Toc toc, tu es levé ? Viens manger maintenant !
Silence. Ah oui, c’est vrai, t’es confiné dans ton 9 m2.
Tu me manques tellement, mon ange, mon fils cadet.
Comment fais-tu dans ta chambre d’étudiant
Où même tourner en rond, ce n’est pas évident ?
Ne t’ennuies-tu pas trop, arrives-tu à manger ?
À suivre tes cours en ligne, à finir tes projets ?
Dans un mois les vacances, et il me tarde tant.

Jour 12.
Il reste toi, ma fille, ma chérie, mon amour,
Ensemble on fait la classe, tranquilles, jour après jour.
De la fonction affine à la guerre d’Indochine,
De la mort d’Antigone à la charge des ions.
Parfois tu t’énerves et envoies tout valser
Et je sens poindre en toi l’envie de renoncer
Quand depuis trop longtemps tu t’échines,
Ou quand le stress monte pour une évaluation.

Jour 15.
Voilà un jour spécial, c’est mon anniversaire !
Des messages, des textos, et parfois même des vers.
Allez, hauts les cœurs, et fi du confinement,
Je vais faire un gâteau, sans farine forcément.
Allez, viens ma fille, allume quelques bougies
Chante-moi la chanson à tue-tête et souris
Même si cette année il n’y a pas de cadeau,
Oui je te le promets, on s’rattrapera bientôt.

Jour 16.
Le mois est terminé, je n’ai plus de travail.
Plus de client, finis les revenus réguliers.
Entre l’avenir et moi se dresse une muraille
Comment trouver un poste à mon âge avancé ?
Qui pourrait prendre le risque maintenant d’embaucher
Sans même savoir combien cette crise va durer ?
Pas le droit au chômage, je suis pas salariée,
Et pas le droit non plus au fonds de solidarité.

Jour 20.
Voilà déjà longtemps que le virus sévit,
Qu’il fait des ravages à travers le pays.
Inexorablement, sans qu’on n’y puisse rien,
Impitoyablement, il décime nos anciens.
Allô, allô ma mère, quand te reverrai-je ?
As-tu réussi à trouver à manger ?
Allô, allô mon père, quand te reverrai-je ?
Arrives-tu encore à respirer ? 

Jour 22.
Aujourd’hui en France, c’est un événement,
Disney + est dispo pour sept jours gratuitement !
Une adresse et un clic, à nous le Mandalorian !
Mère et fille embarquons pour une lointaine galaxie
Prises pour Baby Yoda et ses grands yeux mouillants
D’une pulsion protectrice, d’une tendresse infinie.
Il nous fait oublier l’espace d’un instant
Ce satané virus et notre confinement. 

Jour 24.
Chaque jour sur internet ou le petit écran,
Je regarde médecins, infirmiers, aides-soignants,
Ambulanciers, livreurs, éboueurs et chauffeurs,
Remplisseurs de rayons, restaurateurs, chercheurs,
Agents d’entretien, policiers, enseignants,
Logisticiens, pompiers, agriculteurs, et encore tant
Tous ces gens qui agissent au péril de leur vie
C’est le cœur débordant que je leur dis merci. 

Jour 25.
Moi j’voulais être utile, moi j’voulais être médecin
Mais on m’a dit alors : trop difficile pour toi.
Maintenant j’sers à quoi à part rester chez moi ?
Je voudrais être utile, participer, aider,
Mais comment faire cela en étant confiné ?
Là au fond du grenier, voilà l’objet propice,
Ma vieille machine à coudre va reprendre du service,
Je f’rai des masques Afnor pour ceux qu’en ont besoin. 

Jour 27.
Ma fille, à ton tour c’est ton anniversaire.
Tu avais rêvé d’une maison pleine d’amis,
De musique, de bonbons, de jeux, de Champomy.
Tu ne désarmes pas, tu sais bien comment faire,
Quelques clics sur Discord, une heure de rendez-vous,
Et voilà tout à coup les distances abolies,
Et je t’entends chanter, danser, rire de tout.
Je souris doucement en plantant tes bougies. 

Jour 28.
Ça y est, c’est décidé, confinement prolongé.
Pour quatre semaines encore, il faut rester chez nous.
Finalement il y a pire, je pourrais y prendre goût,
Sentir les fleurs, écouter le vent et le merle chanter.
Je me sens engourdie, tout comme anesthésiée
Posée entre quatre murs dans un milieu ouaté
Quatre murs, quatre planches, un air d’éternité
On pourrait sans problème vouloir s’laisser glisser. 

Nuit.
Dormi deux heures. La ronde des minutes commence.
Je regarde défiler les secondes projetées au plafond.
3h. Comment je vais faire sans que l’argent ne rentre ?
3h10. Il va falloir payer les études des enfants.
3h30. J’aimerais bien encore les emmener en vacances.
4h. Qui voudra m’embaucher, j’ai vu tant de saisons.
4h25. J’ai peur, l’angoisse me tord le ventre.
5h. Lâcher prise, respirer, faut dormir maintenant. 

Jour 31.
Cette situation a du bon, on le dit haut et fort,
Se recentrer sur soi, comprendre l’important,
Retrouver ses valeurs et le sens de la vie.
Que voudrais-je pouvoir dire le jour de ma mort ?
Que j’ai été honnête, su soulager autrui.
Je regarde en arrière le chemin parcouru
Et vois que je suis loin d’avoir atteint mon but.
Regretter ou construire : faut choisir maintenant. 

Jour 33.
Aujourd’hui j’ai envie d’appeler mes amis,
Avoir des nouvelles, voir comment va leur vie.
Mais les conversations sont courtes, il ne se passe rien
Rien de nouveau à dire, une suite de jours sans fin.
Celle-ci et son mari ont chopé le corona,
Trois semaines de souffrances, ils ont fini à plat,
Celui-là son grand-père inhumé dans l’anonymat,
Faut le prendre au sérieux, cet ennemi qu’on ne voit pas. 

Jour 35.
Je pense à tous ses gens confinés à l’étroit,
Dans un petit appart avec une chambre pour trois.
Les cris des enfants et le bruit des voisins,
Et à la fin de jour, la pluie de coups de poing,
Quand les nerfs ont lâché, qu’on ne maîtrise plus rien.
Je pense à ces anciens cloîtrés dans les Ehpad,
Qui rêvent au long des jours juste d’une accolade,
Et qui quittent la vie plus seuls que n’l’est un chien. 

Jour 39. Ou 40. Ou 41.
Tous les jours sont pareils, je sais plus les compter.
Me lever, faire un thé, une tartine, me doucher.
Un tour de messagerie, quelques messages d’amis,
Manger, encore manger, écouter les infos,
C’est chaque jour les mêmes, pas grand-chose de nouveau.
Faire la classe à ma fille, jardiner s’il fait beau,
M’abrutir de séries pour reculer la nuit.
Et avec tout ça, j’ai toujours pas lavé les carreaux. 

Jour 46.
Voici le 1er mai, la fête du muguet, j’en ai trouvé trois brins.
Ç’aurait dû être la fête, tu devais venir en train,
Mon fils, ton année supplémentaire, on devait tous fêter.
Mais là-bas, derrière la frontière, t’es toujours confiné.
J’ai beau t’envoyer des messages joyeux,
Mon cœur saigne loin de toi,
J’veux te prendre dans mes bras,
Te serrer sur mon cœur, voir la joie dans tes yeux. 

Jour 49.
Toi mon deuxième enfant, tes vacances sont finies,
Tu es resté là-bas dans ta chambre d’étudiant,
J’en avais tant rêvé de ton séjour ici,
Te regarder dormir dans ton lit blanc d’enfant.
Mais il n’y a pas de case sur les attestations
Pour simplement pouvoir rentrer à la maison.
Alors on attendra le début de l’été,
Peut-être qu’alors tu pourras prendre le TGV. 

Jour 55.
On m’a dit que demain c’est le déconfinement.
Mais qu’est-ce que ça veut dire, en quoi c’est différent ?
Pas d’boulot où aller, et l’école est fermée,
J’pourrais voir mes parents, mais est-ce bien prudent ?
Sortir, faire des courses, ou au moins m’aérer,
D’y penser je manque d’air, je crois qu’j’ai peur des gens.
Je resterais bien là, à l’abri, bien au chaud,
Ah tiens, j’ai une idée, j’vais laver les carreaux. 

Jour…
Combien de temps encore à noircir mon cahier
Avant que tout cela appartienne au passé,
Avant qu’l’humanité puisse se redresser,
Avant que comme Éluard, j’puisse écrire Liberté ?
À vous je dis merci de m’avoir écoutée,
Ensemble on est capable d’presque tout supporter,
Et quand sortis de l’ombre on pourra s’retrouver
On rira tous en chœur du slam du confiné.

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« © Copyright Isabelle Roche – 2020 – Tous droits réservés. Le texte de cet article est la propriété de son auteur et ne peut
être utilisé sans son accord et sous certaines conditions. » 

 

 

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