Quand j’ai décidé de remanier le manuscrit de mon roman, Les Passeurs de Vérité, initialement publié en 2021, je pensais surtout devoir modifier, enrichir le texte. En réalité, au-delà de la réécriture, j’allais découvrir tout un monde d’outils, de choix techniques, de petites décisions invisibles qui transforment un manuscrit en livre.

Vous avez peut-être suivi l’évolution de ce projet à travers mes précédents articles. J’y ai évoqué les raisons qui m’ont poussée à entreprendre cette réécriture, le diagnostic littéraire du manuscrit, et le choix entre édition traditionnelle et autoédition.

C’est donc vers l’autoédition que je me suis tournée, et c’est un parcours qui m’a beaucoup plu. J’ai d’emblée décidé de ne pas tout déléguer à une plateforme d’autoédition, système auquel j’avais eu recours lors de la première publication de ce roman, parce que je souhaitais être libre de mes choix à toutes les étapes. Je me rappelle trop ma première expérience où j’avais précisé que je voulais bien n’importe quelle couleur pour la couverture de mon livre, sauf jaune, et que, finalement, elle était… jaune ! Et également parce qu’apprendre de nouvelles choses est l’un de mes moteurs les plus puissants dans la vie, avec la création. Et pour ce qui est d’acquérir de nouvelles connaissances, j’allais être servie !

À chaque étape, il a fallu choisir des outils, utiliser des plateformes, créer des visuels et des textes destinés à accompagner le livre dans sa nouvelle existence. Un long processus fait de comparaisons, de prises en main, de questionnements, d’avancées et de retours arrière. Je me suis alors dit que présenter les outils et ressources qui m’ont permis d’aboutir à la version publiée des Passeurs de Vérité pourrait être utile à ceux qui empruntent, eux aussi, le chemin de l’autoédition.

La base : traitement de texte et correcteurs

Côté traitement de texte, j’utilise Word sur Mac. Je m’en sers depuis si longtemps qu’il est devenu un outil aussi banal qu’une feuille et un stylo pour moi. Il signale la plupart des fautes d’orthographe au fil de la saisie, ce qui permet de corriger instantanément, un avantage appréciable. Pourtant, cela ne me paraissait pas suffisant. Même si la grammaire et l’orthographe sont des domaines dans lesquels je me suis toujours sentie à l’aise. D’ailleurs, j’ai proposé pendant plusieurs années des services de correction, principalement auprès de doctorants rédigeant leurs thèses.

Pour compléter mon arsenal, j’avais acquis, quelques années plus tôt, Le Robert Correcteur. Je trouve cet outil efficace pour détecter les fautes d’orthographe (de frappe, on va dire !). Pour la grammaire, il se trompe souvent, notamment sur les accords. Parfois, certains passages signalés comme fautifs m’obligent à vérifier les règles… et, franchement, j’ai la plupart du temps raison. L’outil propose également plusieurs dictionnaires intégrés. On peut ainsi trouver des proverbes et citations rattachés à un mot. Mais celui que j’aime particulièrement, c’est le dictionnaire des synonymes. Combien de fois me suis-je retrouvée les doigts suspendus au-dessus du clavier à chercher le bon mot ! Un simple clic, et une liste de synonymes (ou d’antonymes, mais ça, je ne m’en sers jamais) apparaît, organisée sous forme d’arborescence, selon les différents sens du mot. J’adore !

Capture d’écran du Robert Correcteur avec l’arborescence des synonymes du verbe écrire

Au moment des dernières relectures, j’ai eu envie de tester un autre outil dont j’entendais beaucoup parler dans le milieu des auteurs : Antidote. Je l’ai donc installé. Pour la correction orthographique, l’efficacité est comparable à celle du Robert. Vraiment bien, avec la même possibilité de créer son propre dictionnaire et d’y intégrer les noms de personnages, de lieux, les termes inventés (clin d’œil aux « portails distrans » de Dan Simmons). Pour la grammaire, je ne l’ai pas trouvé plus fiable. Et il est amusant de constater que les erreurs grammaticales signalées par les deux correcteurs ne sont pas les mêmes ! Le dictionnaire des synonymes existe également, mais je le trouve moins clair.

À mes yeux, le plus gros atout d’Antidote réside dans l’analyse du style. Surtout les répétitions. Un clic et hop, les mots répétés de manière trop proche sont mis en évidence. Et ça, c’est précieux. Il arrive que certaines répétitions soient volontaires, pour le sens ou le rythme, mais, bien souvent, il s’agit de répétitions qui nous sont devenues invisibles à force de relectures. On peut même cliquer sur le mot répété pour avoir une liste réduite de synonymes, ce qui est bien… mais génère fréquemment une nouvelle répétition ! Et vous noterez au passage que je viens d’utiliser six fois un mot de la famille de « répéter » en quelques lignes. Sept maintenant…

L’outil permet aussi d’examiner le temps des verbes, ce qui m’aide beaucoup. J’ai naturellement tendance à écrire au présent, pour renforcer l’immersion, et je peux parfois me laisser emporter par cette tendance dans des récits au passé. Là, je suis protégée des incohérences. Antidote permet également de vérifier la typographie. Encore faut-il avoir pris le temps de paramétrer les réglages. J’ai par exemple eu la désagréable surprise de constater, au moment de la finalisation du PDF pour impression, que des guillemets ouvrants se trouvaient seuls à la fin d’une ligne. Enfin, l’IA est bien entendu récemment passée par là. Antidote propose de nombreuses réécritures de portions de texte, produisant souvent des contresens, ou, au mieux, un style très plat. Donc sans intérêt de mon point de vue. Du moins pour des textes « littéraires ».

En conclusion, j’ai conservé les deux. Le Robert m’accompagne plutôt au fil de l’écriture, notamment pour les synonymes et la première correction, tandis qu’Antidote m’aide davantage lors des relectures finales, pour traquer les répétitions et vérifier la cohérence des temps.

Donner une forme au manuscrit : la création du ebook

Une fois le texte terminé, il fallait lui donner sa forme finale. J’ai donc commencé à créer le ebook. J’avais entendu parler de plusieurs outils. J’ai écarté la solution spécifique à Amazon KDP parce que je voulais que mon livre soit disponible sur plusieurs plateformes pour que le lecteur ait le choix. Ensuite, j’ai testé Calibre, un logiciel gratuit, dont j’avais à plusieurs reprises entendu vanter les mérites. Mais je trouvais les possibilités de mise en page un peu limitées. D’autant plus que chaque chapitre de mon livre se termine par un petit dessin, un pictogramme, qui illustre l’histoire. Et je n’arrivais pas à bien les paramétrer avec Calibre. Je sentais que le résultat ne me satisferait pas complètement. J’ai finalement opté pour Vellum.

Écran d’accueil du logiciel Vellum utilisé pour la mise en page d’un ebook en autoédition

Ce logiciel, qui ne tourne que sur Mac, m’a permis de concevoir entièrement mon ebook avant même de décider d’acheter la licence, ce qui était très confortable. Je ne vais pas dire que la prise en main était simple, mais ce n’était pas très compliqué non plus, et il existe beaucoup d’aides en ligne. Une fois la logique des chapitres et des pages liminaires comprise, il est plutôt ludique de tester les différents styles, les tailles, les lettrines. Le moment le plus motivant reste celui où l’on génère le ebook d’un clic — c’est d’ailleurs à cet instant qu’il faut payer — puis où on l’ouvre sur sa tablette. Pour la première fois, j’ai eu la sensation très nette que le livre existait vraiment !

Faire naître le livre: le format broché

Je suis ensuite passée à la création du PDF pour le livre broché. Dans ma tête, j’étais suffisamment à l’aise avec Word pour produire ce fichier directement à partir du traitement de texte. Une fois assimilés les principes éditoriaux de base démarrer un nouveau chapitre à droite, numéroter les pages à partir du début du texte plutôt que sur les pages liminaires, prévoir un espace suffisant pour la reliure, introduire ou non une table des matières — cela me semblait tout à fait faisable. Et effectivement, on peut très bien le faire.

Mais j’ai finalement testé la fonctionnalité de Vellum permettant de générer le PDF en gardant les mêmes styles que ceux du ebook, et j’ai trouvé ça extrêmement pratique. J’ai indiqué les dimensions de mon futur livre, et, après un seul clic sur « Generate », mon PDF était prêt ! Même les paramètres de reliure étaient prédéfinis. Et on peut choisir de faire figurer chaque élément (page de dédicace, mentions légales…) dans le ebook, dans la version papier ou dans les deux. Un point indispensable quand on a des ISBN différents ou quand on doit mentionner l’imprimeur sur la version papier. Bon, il est tout de même nécessaire de faire attention aux veuves et aux orphelines, et j’ai un peu galéré, surtout pour mes pictogrammes de fin de chapitre qui parfois se retrouvaient isolés sur une page.

Cette étape m’a appris une chose essentielle : il vaut mieux penser la mise en page en priorité pour la version papier, puis générer ensuite le ebook sans trop se soucier de son apparence, puisque celle-ci dépendra toujours du support et des réglages choisis par le lecteur.

Donner son identité au livre : les outils graphiques

Comme je l’ai évoqué, chaque chapitre de mon roman se termine par un petit pictogramme qui vient en souligner un élément. Au départ, j’avais réalisé ces dessins de manière assez artisanale, en créant certaines formes avec PowerPoint et en important des images issues de banques libres de droits. Lorsque l’épreuve papier est arrivée, j’ai vite compris que cela ne fonctionnerait pas : les traits étaient pâles, irréguliers, et l’ensemble manquait d’unité. Par ailleurs, même si j’avais les droits pour toutes les images importées, je n’étais pas sereine avec l’idée d’avoir un jour à justifier l’origine de chacune d’entre elles. Alors j’ai décidé de créer moi-même l’ensemble des pictogrammes.

Pictogramme de fin de chapitre dessiné avec Inkscape dans le livre Les Passeurs de Vérité

J’ai envisagé plusieurs solutions. Procreate me tentait bien, mais je me suis vite rendu compte qu’il me faudrait du temps avant d’arriver à quelque chose de présentable. J’ai ensuite pensé utiliser Adobe Photoshop, mais la licence est chère, et j’avais souvenir d’une interface complexe à prendre en main. Finalement, j’ai opté pour Inkscape, un logiciel de dessin vectoriel gratuit. Et là, je me suis vraiment éclatée à faire mes petits dessins ! Au point d’aller consulter les formations en graphisme accessibles par le CPF ! Au premier abord, le logiciel fait un peu peur, avec son ergonomie qui ressemble à celle de Photoshop, mais en fin de compte, avec un peu d’aide, c’est plutôt facile et j’ai adoré jouer avec.

Pour la couverture, j’ai utilisé le célèbre Canva. J’avais un compte depuis quelques années, mais je ne m’en servais que sporadiquement. Là aussi, l’ergonomie m’a laissée un moment perplexe. Mais après un temps d’adaptation, j’ai trouvé plaisant de fabriquer des couvertures, d’appliquer des filtres, de tester plein de polices différentes pour le titre, de créer des ombres, de changer facilement de format. Je dispose de la version payante pour pouvoir utiliser la banque d’images premium pour certains textes de mon site, mais je n’ai pas eu besoin d’y recourir pour créer la couverture.

Un passage obligé : les sites officiels

Un des points auquel j’ai été particulièrement attentive (je l’espère suffisamment !) est la législation autour du livre. Il faut notamment obtenir un ISBN, faire figurer certaines mentions obligatoires et procéder au dépôt légal. Pour cela, les sites officiels sont de précieux alliés. L’AFNIL permet de commander les ISBN. J’en ai obtenu 100 d’un coup, il va falloir que j’augmente ma cadence d’écriture ! Quant à la BnF, elle fournit des indications très claires sur les mentions à faire apparaître dans l’ouvrage et sur leur emplacement.

Code-barres ISBN sur la quatrième de couverture du roman Les Passeurs de Vérité

C’est aussi auprès d’elle que l’on doit déposer un exemplaire papier pour archivage. Et je dois dire que l’instant où j’ai posté mon premier exemplaire tout frais sorti de chez l’imprimeur à destination de la BnF, ça a été un grand moment ! Je me souviens encore de la boîte, jaune et cabossée, à l’angle du boulevard Montmartre et de la rue Drouot. À cet instant, j’ai vraiment eu le sentiment que le livre quittait mes mains pour prendre son envol.

Faire voyager le livre : les plateformes d’autoédition

Comme je l’ai dit, je tenais à réaliser le maximum d’étapes moi-même. Mais il arrive un moment où il faut faire naître le livre au monde, le laisser entamer son voyage. Il convient alors de choisir comment. On le sait, pour l’autoédition, Amazon, c’est « the place to be ». J’ai donc créé un compte Amazon KDP, et commencé par mettre en ligne le ebook. La procédure est simple : fournir un résumé, choisir des mots-clés, des catégories, fixer un prix, télécharger le fichier texte et l’image de couverture. Chaque étape demande toutefois une réflexion qui relève davantage du marketing que de la technique ou de la création.

Ensuite, j’ai mis en ligne le livre broché, toujours sur KDP. L’intérieur a été chargé sans difficulté. La partie la plus délicate a consisté à préparer le fichier complet de couverture, incluant la première, la quatrième et la tranche dans un seul visuel. KDP fournit un gabarit adapté au format et au nombre de pages. Je l’ai importé dans Canva pour construire la couverture définitive. C’est un travail de précision, quasiment au millimètre. Mais découvrir le résultat une fois terminé, c’est réjouissant ! Une fois le tout importé dans KDP et le papier choisi, on reçoit une épreuve papier. Là encore, un moment marquant : tenir pour la première fois entre ses mains « l’objet livre ». On peut ensuite envoyer des corrections (et ce sera le cas n’importe quand, même une fois le livre publié) et c’est parti ! KDP offre également toute une palette d’outils de promotion, comme la page auteur, le contenu A+ et la publicité, mais ceci est une autre histoire…

Une grosse étape était franchie, mais ça m’ennuyait de ne mettre le livre à disposition que sur Amazon. J’ai donc également publié le ebook sur FNAC Kobo. L’opération est rapide, Vellum générant directement un fichier compatible, et la couverture demeurant identique.

Restait la question de la diffusion du livre broché sur d’autres réseaux. Faire imprimer un stock moi-même aurait impliqué la gestion des envois, des retours, de la facturation… une logistique requérant de la disponibilité. J’ai préféré me tourner vers l’impression à la demande. Après avoir étudié différentes possibilités, comme Librinova, Bookelis, Publishroom, mon choix s’est porté sur BoD (Books on Demand), qui permet à la fois le référencement en librairie et la présence sur de nombreuses plateformes en ligne, comme la FNAC ou Cultura pour ne citer que celles-là.

J’ai pu conserver le même format intérieur que sur KDP. En revanche, il a fallu créer un nouveau fichier de couverture, les dimensions variant en fonction du grammage du papier. Une description destinée aux libraires m’a également été demandée. Une fois le bon à tirer validé, il ne restait plus qu’à attendre, de quelques jours à plusieurs semaines selon les réseaux, avant de voir le livre apparaître sur les rayons des librairies virtuelles et devenir commandable en librairie physique. Le livre avait entamé son voyage, sans qu’on sache vraiment quand il arriverait. Il n’y avait alors plus qu’à le laisser faire.

Livre ouvert dont les pages s’envolent symbolisant la transformation d’un manuscrit en livre publié

Ce que j’ai appris

Ce parcours a été extrêmement formateur, et, franchement, j’ai adoré ! Pour m’aider, j’ai suivi en parallèle plusieurs formations qui m’ont permis de mieux appréhender chaque étape. J’ai particulièrement apprécié celles de « Publier son livre  », claires, concrètes, et portées par des personnes disponibles pour répondre aux questions.

Au-delà des outils, ce travail m’a permis d’expérimenter le parcours d’autoédition de bout en bout. Les étapes sont nombreuses. Cela nécessite de la patience, de la précision, et une certaine persévérance. J’ai surtout découvert une forme de liberté très stimulante. Vraiment. Fabriquer une couverture quasiment pixel par pixel, c’est autre chose que valider le travail d’une plateforme. Attendre ses ISBN, coller son code-barres sur la quatrième de couverture, préparer son envoi pour la BnF… autant de gestes simples, mais profondément gratifiants. Et puis il y a ce moment extrêmement émouvant : ouvrir l’enveloppe contenant son premier exemplaire. L’objet si longtemps imaginé, presque fantasmé, existe enfin.

Cette expérience m’a montré qu’après de longs, très longs mois d’écriture et de réécriture, l’aventure ne s’arrête pas. Elle continue différemment, mais reste très plaisante. Et c’est devenu pour moi une motivation supplémentaire pour écrire : savoir qu’un jour je pourrai à nouveau parcourir le chemin de l’autoédition et faire naître un autre livre !

Et donc, ce roman ?

Eh bien, oui, vous l’aurez deviné, Les Passeurs de Vérité, dans sa version revue et augmentée, a désormais trouvé sa place parmi les ouvrages disponibles en ligne et peut aussi être commandé chez votre libraire. Il vous plongera dans l’histoire de femmes et de lieux, d’abord à Concarneau, puis en Seine-et-Marne, puis à Limoges, puis… Eh, je ne vais pas tout vous dévoiler !

Si vous êtes curieux d’en savoir plus, vous pouvez visiter la page Livres de mon site. Et si vous choisissez de vous laisser embarquer par ce voyage, je lirai vos retours avec beaucoup d’attention.

J’espère que cette petite incursion dans les coulisses de l’autoédition vous aura intéressé. À bientôt pour d’autres visites dans mon atelier d’écriture !

Livre Les Passeurs de Vérité posé dans l’herbe parmi des pâquerettes
Citation sur l’écriture et la publication d’un livre devant une statue de cormoran face à la mer

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