Un jour de novembre…

Brrr, il ne fait pas bien chaud ce matin. Un beau soleil d’hiver brille sur la ville. Je vois le ciel d’un bleu limpide entre les branches nues des marronniers qui bordent l’avenue. L’avenue un peu bruyante avec ses autos, ses motos, ses vélos qui défilent, les coups de klaxons, les invectives des uns et des autres. Bleu limpide. Peut-être pas tant que ça, le niveau de pollution est élevé ces jours-ci. Pas de chance, s’il fait beau trop longtemps, si on peut goûter la douceur du soleil dans l’air immobile, la pollution s’installe. N’empêche, goûter l’instant présent, je profite de cette clarté matinale et de l’air vif qui me rougit les joues tandis que je me dirige vers mon cabinet de coaching préféré.

Aujourd’hui nous allons travailler sur les relations conflictuelles. Avec ma voisine. Pas bien grave la voisine avez-vous peut-être envie de me dire.  Pour vous c’est pire, c’est avec votre patron que ça ne passe pas, vous voudriez bien changer de boulot, mais pas facile en ce moment. Si vous vous retrouvez à la rue, qu’allez-vous faire ? Mieux vaut subir. De toute façon, c’est un con, ya pas que vous qui le dites. Ou plutôt avec votre belle-famille. A chaque fois vous allez à ce fichu déjeuner du dimanche rempli(e) de bonnes intentions, rester calme, sourire, ne pas aborder les sujets qui fâchent, et paf, à tous les coups ça dérape, votre bouche parle toute seule, dit ce qu’il ne fallait pas, mais c’est l’autre peste qui vous a provoqué(e), elle l’a bien cherché quand même. Et puis de toute façon elle est intolérante, possessive, et fait tout pour vous pourrir la vie…  Ah non, c’est avec votre partenaire de vie que la communication est difficile. Et oui, hein, les hommes, les femmes on n’est pas fait pareil. Mars et Vénus, c’est bien connu. Et puis il ne fout rien à la maison, c’est quand même pénible de tout se taper sans aucune reconnaissance. Quand même, vous travaillez à plein temps et ramenez la plus grosse partie de l’argent à la maison, elle pourrait quand même faire le ménage sans se plaindre. Ou vice-versa. Ou avec votre enfant peut-être. Ah la la, avec tout ce que je fais pour lui, ma vie professionnelle que j’ai sacrifiée, les lessives, les courses, les devoirs, les sorties, les vacances, le taxi, ses petits plats préférés que je lui mitonne longuement, jamais un merci, impossible de lui décrocher un mot et quand je lui parle il lève les yeux au ciel… Non, mais qu’est-ce qu’elle me gonfle ma mère, toujours à vouloir savoir si ça va, si j’ai fait mes devoirs, à quelle heure je pars, à quelle heure je rentre. J’ai besoin d’air moi ! Bon, et bien pour moi, ce sera la voisine. Parce que voir sa tronche tous les jours, son air mauvais, ça me fait mal au ventre, et je finis par ne plus me sentir bien chez moi.

Me voilà debout au milieu de cette pièce un peu froide, un peu grande. La pendule murale égrène les secondes pas tout à fait en silence. Une odeur de café flotte dans l’air à peine réchauffé par la clim heureusement réversible. Entre les taches de soleil qui parsèment le sol en vinyle imitant un parquet de bois clair, plutôt réussi je trouve, trois papiers matérialisent trois positions. Les mots « Moi », « Autre », « Observateur » ont été jetés à la va-vite dessus. Le voyage peut commencer.

« Aujourd’hui, on va utiliser une technique appelée « les positions de perception ». L’idée est de vous mettre tour à tour dans votre peau, celle de votre voisine et celle d’un observateur ». Ok, coach, je vous suis…

Je me tiens sur le papier « Moi ». Enfin, juste derrière, je ne vais pas me marcher dessus tout de même. Je ferme à demi les yeux. Ô toi, pourquoi as-tu les yeux mi-clos ? C’est pour mieux te voir, ma voisine. Elle est là. Pas bien grande, plutôt large, avec une blouse à fleurs violette, rose et blanche. Bon sang, mais pourquoi passé un certain âge voit-on fleurir ces espèces de machins en acrylique qui boudinent à la taille et vous rangent sans erreur possible du côté des vieilles femmes ? Pourquoi encore aujourd’hui ? Elles n’ont pas changé d’un iota en 50 ans, peut-être plus, trop vieux pour moi. Pas de mercaticien chez les blousistes, blouseurs, blouseux ? Elle me regarde avec ses petits yeux enfoncés, surmontés par des sourcils froncés. Ridiculement épilés et peints par-dessus. Et ses drôles de cheveux, blonds et bouclés, comme un mouton. Je me demande si ce sont ses cheveux. Je dis bonjour. Non, je ne cèderai pas. Sept ans que je lui dis bonjour, pas une fois elle ne m’a répondu. Mais je ne cèderai pas. Elle fait volte-face et je l’entends maugréer. Son portail claque. Un portail marron et blanc. Comme elle a pu casser les pieds au peintre qui est venu refaire leur grille ! Marron, ah non, pas ce marron-là, un peu plus clair. Et crème au-dessus. Pas blanc, hein, crème. Pas crème fraiche, crème anglaise plutôt. Et le chapeau des piliers aussi. Et un liseré noir autour de la boîte aux lettres. Qu’est-ce qu’elle est pénible. Je me demande comment sa famille la supporte. Remarquez, son fils, dès qu’il a eu 20 ans il s’est barré. Ça ne m’étonne pas. Elle a accusé la voisine d’en face d’avoir rayé sa voiture, celle de derrière de faire trop de bruit, et celle d’à côté de bronzer en petite tenue dans son jardin. Elle écrit à la mairie tous les deux jours, toujours un truc qui ne va pas, un trou dans la rue, la poubelle qui n’a pas été reposée à sa place, un chien qui aboie, la balayette qui n’est pas passée, une mauvaise herbe qui a poussé devant chez elle, on se demande pourquoi juste devant chez elle… Du coin de l’œil, je la vois monter l’escalier du perron péniblement, souffler comme un bœuf, une vache plutôt, et la porte de la maison claque à son tour. Ce que je ressens ? De la colère. Elle pourrait au moins me répondre quand je la salue. Du dégout. Vraiment, elle se laisse aller, je suis sûre qu’elle ne se lave pas. De l’incompréhension. Qu’est-ce que je lui ai donc fait ? Ça fait comme une boule, là, sous les côtes, au creux du ventre, oui, c’est ça, juste là.

« Qu’avez-vous mangé au petit-déjeuner ce matin ? ». Hein, quoi ? Qu’est-ce qu’il dit là, le coach ? Euh, une tartine de pain beurré et un thé ? Pourquoi ? Ah ? C’est ça qu’on appelle un état séparateur. Bien.

Je change de place, papier « Autre ». Je dois prendre la place de la voisine, me glisser « dans ses bottes ». Ben, elle n’a pas de bottes. Des espèces d’escarpins tout déformés. Hum, pas facile d’y rentrer. Pas confortable. Je me voute un peu, je fronce les sourcils, je fais descendre les coins de ma bouche vers le bas. Et je fais friser mes cheveux. Juste comme ça, dans ma tête. Du coup, je sens l’air frais dans mon cou. Et j’ai mal au dos. Bon sang, ce n’est pas facile de se tenir debout. Je m’appuie au portail. Il est joli ce portail marron et crème. Il a mis du temps à comprendre, ce fichu peintre, mais il a fini par faire un truc bien. Ça me rappelle le cappuccino. Ah ce voyage en Italie. J’avais 25 ans. Je venais de rencontrer Léon. Comme c’était joli la Toscane, les pierres orangées, les villages perchés, les cyprès. Et oui, ils ne me faisaient pas éternuer à cette époque. On mangeait des glaces au soleil. Les meilleures glaces du monde si vous voulez savoir. Les meilleures des meilleures ? Dans un boui-boui près de la Santa-Croce à Florence. Et des capuccinos, en regardant passer l’Arno. Ça me rappelle une chanson. Je n’avais pas froid tout le temps à cette époque-là. Et Léon avait encore une mémoire en état de marche. J’étais belle, oui, comme j’étais belle. Je dansais, presque tous les jours, j’aimais ça. Qu’est-ce que j’ai mal au dos. Tiens, j’entends un bruit. C’est quoi ? Un moteur ? Je n’entends plus très bien. Ah oui, c’est la voisine qui rentre. Où est-ce qu’elle est encore allée trainer ? ça ne fait pas longtemps qu’elle est là. Voyons, sept ans, oui, quelque chose comme ça. Elle est arrivée quand Gaston est mort. Une nouvelle. J’aime pas trop les nouveaux. Faut du temps pour les connaître. Et puis elle ne nous a jamais invités à prendre un verre. Nous quand on est arrivé, ça fait dans les quarante ans maintenant, on avait invité tous les voisins. Evidemment il y en avait moins. Il y avait des vergers, des murs à pêches. Et puis ses trois mômes. Trois. Moi je n’ai pu en avoir qu’un et ce n’est pas faute d’avoir essayé. En plus il a failli mourir à trois ans. Mes pieds me font mal, il va falloir que je rentre. Pourquoi elle me regarde comme ça ? Si elle veut quelque chose, elle n’a qu’à venir. Et puis on n’est même pas de la même commune. La limite passe entre nos deux maisons. Elle habite du côté des riches, dans cette ville de bourgeois, avec ses boutiques Dior et Cacharel. Tous des prétentieux dans cette ville-là. Allez, je me rentre, sinon Léon va encore faire une connerie. Fichu portail. Il coince, je suis obligée de balancer la porte à chaque fois pour qu’il ferme. Onze marches. C’est beaucoup. Mais je ne me plains pas, sinon ils vont m’envoyer en maison de retraite. Ici c’est chez moi, c’est mon quartier. Tiens, les géraniums sont encore beaux. Peut-être qu’ils passeront l’hiver… Evidemment l’autre à côté, elle ne s’embête pas, elle en rachète des nouveaux tous les ans. Un peu facile… Dieu que mes genoux me font souffrir. Et ces pieds gonflés qui déforment mes chaussures. Ouf, je manque un peu d’air. Voilà, le pallier. Une pause. Je rentre. Mon fauteuil me tend les bras. Il est joli ce napperon sur le dossier. Je l’ai ramené de Nancy, je me souviens, c’était il y a…

Quoi ? Ce que j’ai regardé à la télé hier soir ? Il en a des questions ce coach. Euh, je ne sais plus trop. Un reportage sur Arte sans doute… La vérité ? Euh, oui, « Le meilleur pâtissier ». J’adore la cuisine, pas vous ?

Je me place sur le papier « Observateur ». A ma droite une femme plus toute jeune, quelques fils blancs dans ses cheveux bruns, un long manteau, des clés de voiture à la main. A ma gauche, une femme plus âgée, plus petite, un peu tordue, l’air fatigué dans ses habits un peu passés. Celle de gauche dit bonjour. L’autre ne bronche pas. A-t-elle entendu ? La plus jeune prend un air revêche, hausse les épaules et tourne le dos. L’autre regarde, mais regarde-t-elle ce qui se passe là maintenant ou plutôt à l’intérieur d’elle-même ce qui s’est passé il y a longtemps. Je me demande… Madame la plus jeune, peut-être pourriez-vous faire quelques pas et aller dire bonjour plus près ? Dire quelques mots, pas grand-chose, pas besoin d’aller proposer de faire les courses de la vieille, juste dire qu’il fait beau, ou qu’il fait frais, rien de plus. Quelques mots… Madame la plus vieille, peut-être pourriez-vous regarder cette nouvelle, vous savez elle n’est pas si nouvelle, sept ans. Elle ne vous a jamais dérangée. Jamais vraiment parlé, mais pas dérangée. Peut-être pourriez-vous tenter de détendre votre front, c’est sûr vous avez des rides, mais il y a autre chose, une tension qu’il faudrait relâcher. Peut-être même pourriez-vous essayer de soulever d’une manière infime les coins de vos lèvres. Bon, peut-être pas cette fois-ci, mais la prochaine fois. Et on ne sait jamais, si la nouvelle s’approche de vous, peut-être pourriez-vous ne pas tourner le dos tout de suite, juste écouter. Et si ce qu’elle dit est très banal, le fond de l’air est frais, laïho, laïho, peut-être pourriez-vous juste dire oui. Et vous, madame la plus jeune, pas si jeune, pas cette fois, mais une autre, un jour, dans quelques semaines, peut-être pourriez-vous, qui sait, peut-être, enfin, faut voir, demander à l’autre si elle besoin de quelque chose ? C’est beaucoup ? Peut-être, mais qui sait, elle a peut-être des choses à dire, la plus vieille. Elle n’a pas de cerises sur son chapeau pour se faire croire que c’est l’été, mais elle a peut-être des choses à raconter. Des souvenirs du quartier, des photos à montrer, une peine à partager… Allez, si chacune d’entre vous faisait un petit, un tout petit effort, l’air serait peut-être un tout petit plus léger dans cette rue partagée entre deux communes où il n’y a plus de vergers à cultiver, mais tant de mots à échanger.

Où je suis partie en vacances l’été dernier ? Ben en Bretagne. A Concarneau. Vous connaissez ? Oui, c’est formidable, ya du monde toute l’année. Forcément, c’est un port. Ya marché tous les jours sous les halles, c’est pratique. J’adore l’océan…

OK, je retourne à ma place, sur le « Moi ». Ce que j’ai appris ? Que chacun a sa vision des choses. Que peut-être le fait qu’elle ne me réponde pas quand je lui dis bonjour n’est pas dirigé spécifiquement contre moi. Peut-être même qu’elle n’entend pas. J’ai appris aussi que si on ne va pas vers l’autre, on ne saura jamais ce qu’il a à dire. Que les jugements hâtifs ne sont pas forcément une bonne chose. Les jugements en général d’ailleurs. Qui suis-je pour juger d’ailleurs ? Finalement je me fais mal au ventre pour pas grand-chose je crois. Ce que je vais faire ? Garer ma voiture et faire quelques mètres vers elle avant de dire bonjour. Et puis on verra. Peut-être lui demander si ça va. Commencer par ça, quelques mots. Lui demander des nouvelles de Léon. C’est vrai que je ne le vois plus souvent Léon. Bon, je ne le connais pas non plus, juste son prénom. D’accord, je vais faire ça. Mais si elle me tourne le dos, alors je ne suis pas sûre que je pourrai recommencer une autre fois. Oui, oui, d’accord, on verra bien. Pas la peine de se faire des films.

Un jour de juin…

J’ouvre la boîte aux lettres. Un faire-part de décès. Léontine est morte il y a trois jours. J’écrase une larme dans le coin de mon œil. Léontine. Léon et Léontine, faut le faire quand même. Je me souviens ce midi de décembre, la première fois où je me suis approchée d’elle en lançant un « bonjour » bien fort. C’était en novembre je crois. Pour la première fois depuis sept ans elle m’a répondu. Avec une voix aigrelette. « Bonjour Madame, il fait frais aujourd’hui ». Comme si de rien était. Je n’ai pas trop compris. Puis elle m’a salué régulièrement. M’a parlé de Léon qui oubliait tout et dont elle devait s’occuper comme d’un enfant. De son fils qui n’appelait pas souvent. Oh, ça a pris du temps, un mot, puis deux, puis trois. Elle avait toujours ses blouses hors d’âge. Elle m’a raconté « son » cancer, les cheveux qui s’en vont et repoussent tout frisés, l’importance du dépistage. Les médecins, les hôpitaux. Oh, pas toujours pour dire des choses gentilles. Celui-ci était incompétent, dans cet hôpital-là on lui a volé son argent, et les gens de la mairie ne font rien pour eux. Pas toujours bienveillante, pas une histoire de conte de fée, mais la vie, des mots, l’échange. Un samedi soir à 18h, ils m’ont invité à boire une coupe. Je déteste le champagne. Me voilà avec des chocolats sur le pas de la porte. Je rentre. Un intérieur désuet. Des bibelots partout, une boîte à couture en accordéon comme celle avec laquelle j’aimais tant jouer chez mon grand-père, et un monte-escalier, le même qu’à la publicité après « Des chiffres et des lettres ». Je n’en avais jamais vu en vrai. Extraordinaire. Et pendant plusieurs heures, ils m’ont raconté le quartier, la construction des différentes maisons, les histoires des uns et des autres. Puis Léontine m’a montré des photos sur lesquelles elle posait en habits de danseuse. Comme elle était belle. Mince, avec des cheveux flamboyants. J’ai écouté. Je ne dis pas que parfois je n’avais pas envie de faire les 10 mètres qui me séparaient de chez moi pour retrouver ma maison et le 21è siècle, mais j’ai écouté. Avec plaisir. J’ai appris. Et j’ai vu. Les post-it collés un peu partout. Quelques vêtements abandonnés ici et là. La vaisselle dans l’évier. Le téléphone silencieux qui trône au milieu du salon. Le poêle à gaz que j’aurais peur d’allumer…

Quelques mois plus tard, à la nuit tombée, la sonnette retentit. C’est Léon. Léontine est tombée. Je pose mon tablier, je n’ai pas encore de blouse, et j’y vais. Elle est là, au milieu du couloir. Je la prends sous les bras, m’attendant à peiner sous son poids. C’est fou comme elle ne pèse rien. Elle a beaucoup maigri. Quelques jours plus tard, Léon de nouveau. Il n’arrive pas à remonter ses oreillers. Je découvre leur chambre. La pénombre, l’odeur, le bazar. Je la remonte. Jour après jour, je vais la relever. Un jour que je l’avais emmenée aux toilettes, elle me regarde, toute pudeur envolée depuis bien longtemps, et me dis que je suis bien gentille. Je lui dis que c’est normal, qu’elle ferait pareil pour moi. Je me souviens encore du silence. Oh pas bien long, une hésitation. « Je ne sais pas » finit-elle par lâcher. Et puis un soir, elle souffre. Léon ne se rappelle plus où sont les papiers de l’hôpital. Il ne sait plus ce qu’elle doit prendre comme médicaments. Ils ont froids. Je n’ose pas allumer le poêle, j’ai peur qu’il prenne feu et que la maison brûle. Je ne sais plus que faire. Ça fait des mois qu’elle me dit que le cancer est en phase terminale. Pourtant à l’hôpital ils l’ont renvoyée chez elle. Rien dans le réfrigérateur. Il reste les plateaux repas de la mairie. Léon me donne le demi pamplemousse. Ben oui, ils n’aiment pas ça le pamplemousse. Je les regarde assis là, à la dérive, démunis, et je finis par appeler le SAMU. Je réponds aux questions, je m’excuse, ce n’est peut-être pas une urgence, je ne sais pas. L’homme au téléphone est gentil, rassurant. En attendant l’ambulance, je cherche dans les tiroirs les papiers de la Sécu, le carnet de chèque. Je cherche une chemise de nuit, un pyjama, Léon ne peut pas rester seul, il faut qu’il parte avec elle. Je n’en trouve pas de propre. Je rassemble tout ça dans un petit sac. Tout ce qu’ils emporteront de leur maison. Les infirmiers, le fauteuil roulant, l’ambulance. Au revoir. Mais il n’y aura pas de revoir.

Aujourd’hui…

Ça fait 6 mois. Léontine est enterrée et Léon est parti quelque part à la campagne, dans une maison de retraite. Dans la maison à côté, il y a des nouveaux. Un jour, une dame qui passait devant ma grille m’a dit bonsoir. Je n’ai pas répondu. Qui c’est celle-là ? Je ne la connais pas. Puis j’ai entendu la clé tourner dans le portail aux couleurs de capuccino…

 

© Copyright Isabelle Roche – 2017 – Tous droits réservés
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